Nepalma : quinze ans, trois chémotypes
Quinze ans. C’est le temps qu’il a fallu à la Nepalma pour exister sous trois formes différentes.
Une variété qu’on stabilise, qu’on diffuse, et qui poursuit sa carrière sans qu’on y revienne, c’est l’histoire la plus banale du breeding. La Nepalma a fait autre chose. Elle a vécu trois fois, sous trois chémotypes successifs, avec trois intentions qui n’avaient rien à voir les unes avec les autres. Un type 1 récréatif, stabilisé entre 2011 et 2013. Un type 2 équilibré, né en 2015 d’une recherche médicale et distribué gratuitement. Un type 3 à dominante CBD, repris en 2025 chez JGL-USC.
Ce n’est pas l’histoire d’une graine. C’est la biographie d’une variété. Et elle commence avec deux landrace récentes, dans les graines d’un collectif de préservation.
Les origines : Panama Red × Népalaise Indica
La Nepalma part de la rencontre de deux lignées landrace préservées par le Vibe Collective, un groupe de préservation auquel je m’étais joint pour le travail sur les landrace. Le fonctionnement des lignées landrace, les taxonomies NLD/BLD et la génétique de ces croisements, je les détaille dans l’article sur la génétique du cannabis.
La mère : une Panama Red des années 90
Cette lignée n’est pas méconnue du breeding professionnel. C’est l’une des composantes de la Panama, vendue sous le label USC en édition limitée, sur laquelle j’ai travaillé pour Cannabiogen, aux côtés d’une Panama Red 1974 (préservation Vibe Collective également) et d’une Colombian Red. Le clone femelle qui a servi de mère au croisement Nepalma avait une structure colonnaire, un stretch présent mais pas excessif. Côté arômes, c’était fruité, encensé, hazy. Le high était positif, très puissant. La floraison durait 12 à 14 semaines.
Le père : une Népalaise Indica collectée dans les hauteurs du Népal
Bart, membre français du Vibe Collective, l’avait ramenée d’expédition. Une indica au sens classique du terme par son aspect BLD (broad leaf drug, à feuille large), mais avec un stretch et une floraison de 10 à 12 semaines. Saveurs hashy, terreuses, dans l’esprit Temple Ball d’époque. High fort et mellow.
Type 1 (2011-2013) : la Nepalma originelle
Le croisement a été fait en 2011. La première génération a montré tout de suite ce que j’attendais d’elle : beaucoup de vigueur, beaucoup d’arômes, un high équilibré entre la luminosité de la mère et le côté mellow du père.
Mais une première génération n’est pas une variété. C’est un point de départ. Trois générations de sélection consanguine plus tard, en 2013, j’avais une souche de quatrième génération, stable, homogène, selon mes critères. Elle est sortie chez Underground Seeds Collective la même année, et la lignée a ensuite été distribuée par Sannie’s Seeds, Cannabisonline et Alchimia, entre autres.
Côté structure, la Nepalma type 1 était un hybride équilibré. C’était une sativa-hashplant : le père népalais avait apporté la structure qu’il fallait. Stretch limité (x2 à x3), floraison de 10 à 12 semaines, buds semi denses et très résineux, rendements généreux pouvant atteindre 600 g/m². Une plante accessible, qui se prêtait bien au SOG et qu’on pouvait conseiller à quelqu’un qui découvrait les variétés à dominante sativa sans risquer de le décourager par une floraison interminable.
Côté arômes et effets, on était sur un profil hash aux notes miellées, plus fruité et légèrement agrume en bouche, la signature de la femelle panaméenne, retravaillée par le mâle Nepalais. Le high était euphorique, puissant, avec une descente très relaxante et plus de body stone qu’on n’en attendrait d’une sativa. Ceux qui avaient connu les temple balls népalais à l’ancienne y retrouvaient quelque chose de familier.
À ce stade, je n’imaginais pas qu’elle deviendrait, deux ans plus tard, le support d’un tout autre projet.
Type 2 (2015) : le tournant médical
Pendant cette période, j’ai beaucoup distribué d’huile et de pommade au cannabis. À des patients, à des proches de patients pour soulager leurs douleurs, leurs crises, les effets secondaires de certains médicaments. Au début, je travaillais à partir du type 1, mais pour certains les effets secondaires étaient difficiles et il fallait ajuster en fonction de la pathologie ou de la tolérance de chaque personne.
Du type 1 au type 2
C’est là qu’on s’est heurtés à une limite. Il fallait pratiquement trouver une variété spécifique, une posologie, pour chaque pathologie, chaque personne. Un profil pour l’une, un autre profil pour l’autre. Ça marchait, mais ce n’était ni simple ni reproductible facilement. Et surtout, ça gardait les gens dépendants de quelqu’un qui sait composer le bon mélange.
En commençant à travailler les types 2, j’ai remarqué qu’un chémotype équilibré, de type 2, répondait à un spectre beaucoup plus large de besoins sans qu’on ait à le spécialiser. Là où le type 1 demandait un réglage fin, le type 2 fonctionnait pour presque tout le monde avec moins d’effets secondaires.
Le croisement avec Z7 : activer la CBDa synthase
Techniquement, le type 2 est né d’une sélection menée en 2014 sur les lignées Z6 et Z7 de Shantibaba. Plusieurs clones que j’ai sélectionnés ont été distribués, dont ce clone de Z7, rapide, très résineux, notes diesel et boisées. C’est lui qui a été utilisé pour la Nepalma CBD, il contenait la version active de la CBDa synthase, l’enzyme qui oriente la plante vers la production de CBD. Le mécanisme du locus B et la façon dont le génotype fixe ce ratio, je les explique dans l’article sur la construction d’un type 2.
Je l’ai croisé avec le mâle Nepalma. Les graines de première génération issues de ce croisement, c’était la Nepalma CBD type 2.
Distribuée gratuitement
Cette version était distribuée gratuitement avec les commandes Underground Seeds Collective, avec celles de Tropical Seeds Company, Cannabiogen ou Sannie’s Seeds. La Nepalma CBD type 2, et la Coljam CBD type 2 dans la même démarche.
L’idée était simple. Si le type 2 répondait à la plupart des besoins sans réglage individualisé, alors les gens pouvaient cultiver leur médicament eux-mêmes. Pas l’acheter, pas dépendre d’un intermédiaire, pas attendre que quelqu’un trouve le bon mélange pour leur cas. C’est la version de la Nepalma dont je suis le plus fier, pas pour la prouesse génétique, qui était modeste, mais pour ce qu’elle a permis.
Le profil de la femelle type 2 utilisée
Les chiffres bruts (analyse cannabinoïdes et terpènes de la femelle type 2 à l’origine du type 3) :
- Δ9-THC : 6,99 %
- CBD : 11,98 %
- CBG : 0,69 %
- CBC : 0,82 %
- THCV : 0,10 %
- CBDV : 0,12 %
- Total cannabinoïdes : 20,75 %
- Total terpènes : 2,42 %
Côté terpènes, dominance nette du myrcène à 1,35 %, suivi du β-ocimène 0,29 %, du D-limonène 0,11 %, du linalol 0,10 %, du β-caryophyllène et de l’α-pinène. Une odeur complexe, qui rappelle par moments la mère panaméenne sur le côté fruité, encensé et la fraîcheur, avec la profondeur terreuse héritée du père.
Type 3 (2025-2026) : retour high-CBD chez JGL-USC
C’est une petite dizaine d’années après le type 2, et après une pause dans la culture et le breeding, en préparant le lancement de JGL-USC, que j’ai repris le travail là où je l’avais arrêté.
L’objectif cette fois était différent : pousser la lignée en type 3, à dominante CBD, pour une plante qui rentre dans le cadre légal français du chanvre (THC < 0,3 %) tout en gardant le caractère de la Nepalma type 2.
Plusieurs générations plus tard, on y est. La ligne est stable sur ce critère. C’est, vraisemblablement, la première type 3 100 % française issue d’un travail de création type 1 jusqu’au type 3 avec un tel historique.
Ce qui vient maintenant
Type 3 n’est pas un point d’arrivée. La lignée est stable sur le critère qui la faisait basculer dans le cadre légal, THC en dessous de 0,3 %. C’est un début, pas une fin de projet.
Le travail continue sur les terpènes. La femelle type 2 utilisée a un profil que je juge excellent, une complexité fruitée, encensée et terreuse qui était tout à fait l’image que j’en avais. La génération type 3 actuelle n’a pas encore ce niveau-là, même si le travail de sélection donne quelque chose de très bon. J’aurais pu la commercialiser telle quelle, mais je cherche un point précis. C’est le prix de la sélection sur chémotype, pousser vers un ratio CBD/THC fait bouger d’autres critères, et les terpènes en font partie.
Un backcross sur ce clone type 2 est en cours, et une nouvelle stabilisation type 3 viendra ensuite. Ce cheminement sera recommencé autant de fois qu’il le faudra.
Le profil terpénique et cannabinoïde de la génération type 3 actuelle
- CBD total : 12,20 %
- CBG total : 0,11 %
- CBC : 0,68 %
- THC : < 0,3 %
- Total des terpènes : 1,25 %
Le myrcène reste dominant à 0,51 %, suivi du β-ocimène à 0,18 %, du β-caryophyllène à 0,13 %, de l’alpha-bisabolol à 0,12 %, de l’alpha-humulène et du guaiol à 0,06 % chacun, de l’alpha-pinène à 0,05 %, du guaiol acétate à 0,04 %, puis du linalol et du trans-nérolidol à 0,02 %. Le reste (trans-β-farnésène, β-pinène, farnésol, oxyde de caryophyllène, D-limonène) est sous le seuil de quantification. C’est un profil correct, mais moins dense et moins complexe que celui de la femelle type 2 d’origine, exactement l’écart que je cherche à combler avec le backcross en cours. Le profil terpénique reste cohérent entre le type 1, le type 2 et cette génération type 3, mais il manque justement ce petit côté qui change tout, un retour du D-limonène en plus grosse quantité ramènerait ce profil fruité qui fait défaut aujourd’hui. Le voir revenir en troisième position, avec un peu plus de consistance générale, changerait tout. L’individu testé a subi trois vagues caniculaires pendant la culture et le séchage, ce qui donne déjà une bonne idée du profil, même si les taux auraient été un peu plus hauts sans ces aléas climatiques.
Statut sanitaire : les tests HLVd
Aucun travail de sélection ne vaut grand-chose si les plantes mères sont porteuses du viroïde de la latence du houblon (HLVd). Toute la lignée Nepalma engagée dans ce travail est suivie en RT-qPCR par Altus Biolabs.
Premier batch de tests, le 17 juin 2026 : Nepalma T2 f et Nepalma T3 f #111, toutes deux négatives.
Second batch, le 28 août 2026, sur les deux individus utilisés dans la session de reproduction type 3 : Nepalma #18 (mâle T3) et Nepalma #41 (femelle T3), négatifs également.
Le protocole de dépistage et de désinfection que j’applique sur l’ensemble de la collection de plantes mères est détaillé dans le guide HLVd.
quinze ans, trois Nepalma
Type 1 stabilisée en 2013. Type 2 distribuée gratuitement en 2015. Type 3 stable sur son critère légal en 2026, encore en affinage sur les terpènes.
Trois variétés, une seule lignée. Et trois manières différentes de faire le métier de breeder : la rigueur classique pour le type 1, l’engagement militant pour le type 2, le travail de fond pour le type 3. Ce sont les trois mêmes plantes, génétiquement parlant, mais elles ont vécu trois vies.
Le choix des parents est primordial dans ce genre de travail, j’en parle plus en détail dans l’article sur l’importance des mâles en breeding. Cette génération type 3 est disponible en fleurs chez JGL-USC : voir la fiche Nepalma mix.
La vibe.
JGL

