Créer un type 2

Créer un type 2, c’est obtenir un chimiotype intermédiaire où THC et CBD coexistent dans un ratio proche de l’équilibre, souvent légèrement plus élevé en CBD. Sur le papier ça semble être une simple moyenne entre un type 1 et un type 3. En pratique, c’est le chimiotype le plus mal compris du milieu, parce que la génétique derrière n’a rien d’un curseur qu’on règle au milieu.

Ce que dit la génétique

Le ratio THC:CBD se joue au locus B, sur la paire d’allèles Bt et Bd qui codent respectivement pour la THCa synthase et la CBDa synthase. Ces deux enzymes travaillent sur le même précurseur, le CBGa, et se disputent la matière première. Un plant BtBt ne produit quasiment que de la THCa (type 1). Un plant BdBd ne produit quasiment que de la CBDa (type 3). Un plant BtBd exprime les deux enzymes en même temps, d’où le ratio intermédiaire du type 2. Ce modèle à locus unique s’appuie sur le premier génome de référence du cannabis, séquencé par van Bakel (2011, Genome Biology) sur la variété Purple Kush, qui a posé le cadre génomique dans lequel les gènes synthases ont ensuite pu être localisés précisément.

Weiblen et al. (2015, New Phytologist, DOI 10.1111/nph.13562) ont affiné ce modèle : le génome porte plusieurs copies de gènes synthases sur des loci liés, et chez les plants à dominance THC, c’est le gène CBDa synthase qui est rendu non fonctionnel par mutation. Le type 1 n’est pas un type 2 qui aurait gagné en THC synthase, c’est un type 2 cassé du côté CBD.

Staginnus, Zörntlein et de Meijer (2014, Journal of Forensic Sciences, DOI 10.1111/1556-4029.12448) apportent la précision qui compte le plus pour un breeder : le ratio CBD/THC reste constant tout au long du cycle de vie de la plante et ne dépend pas des conditions de culture. C’est un trait fixé par le génotype au locus B, pas par l’environnement. Un phénotype type 2 exprimé par une plante donnée est donc fiable, de son plus jeune âge jusqu’à sa fin de vie, et reproductible sur cette plante en bouturage.

Certains croient encore qu’une génétique penchera plus vers le CBD en Amérique du Nord ou en Europe plutôt que sous les tropiques. Il n’en est rien, tout est dans la génétique, pas dans la latitude.

Stable sur un trait

C’est le point que les vendeurs de graines confondent le plus souvent. Le ratio équilibré THC:CBD d’un type 2 est stable au sens propre : constant sur la plante, indépendant du climat ou de la conduite de culture, fixé une fois pour toutes par le génotype BtBd. Ce que le type 2 n’est pas, c’est une lignée qui se reproduit d’elle-même. Le génotype hétérozygote qui porte ce ratio n’existe que comme produit direct d’un croisement de première génération entre un parent type 1 (BtBt) et un parent type 3 (BdBd). Il ne vit que de ce croisement précis, pas d’une descendance qu’on ferait tourner en boucle.

type 1 × type 3

Un croisement de première génération type 1 (BtBt) × type 3 (BdBd) donne une descendance uniformément BtBd, par codominance des allèles Bt et Bd au locus B. Le chémotype est garanti à chaque graine : chaque plante exprimera un ratio CBD/THC de type 2.

Ce qui varie d’un phéno à l’autre, c’est le reste. Le ratio exact, rarement pile 1:1, le niveau total de cannabinoïdes, le profil terpénique, la structure, la vigueur, la durée de floraison. Le pheno-hunt garde tout son sens sur ces axes, pas pour identifier le chémotype.

Il reste deux cas marginaux. Un parent porteur d’un allèle nul, synthase non fonctionnelle, fait sortir une fraction de type 4 dans la descendance. Un parent avec une hétérozygotie résiduelle peut laisser passer quelques type 1 ou type 3 à la marge. Avec des parents correctement fixés, ces cas restent anecdotiques.

L’Afghan CBD au catalogue en est l’exemple direct : croisement de première génération type 1 × type 3, chémotype fixé sur toute la descendance.

Afghan CBD, croisement type 1 x type 3 JGL-USC
Afghan CBD

type 2 × type 3

Le croisement type 2 (BtBd) × type 3 (BdBd) donne une descendance en deux moitiés, 50% type 2 (BtBd) et 50% type 3 (BdBd), selon la ségrégation attendue au locus B. Un pack de graines livre donc les deux chémotypes en proportions équilibrées. La moitié des plantes exprimera un ratio proche de 1:1, l’autre moitié sera CBD dominante.

C’est probablement la forme la plus intéressante pour un usage médical. Le cultivateur dispose d’entrée de deux profils cannabinoïdes complémentaires dans la même sélection. Les type 2 couvrent les indications qui répondent à la combinaison THC/CBD. Les type 3 conviennent aux usages de journée et aux patients qui ne tolèrent pas la charge psychoactive. Le pheno-hunt sort ici du cadre esthétique ou de rendement, les keepers sont ceux qui collent à une pathologie précise ou à un moment de la journée.

La Zamal CBD au catalogue en est l’illustration, 50/50 type 2 / type 3 issus de la lignée 1 stabilisée sur trois générations IBL. Un patient en auto-culture peut y récupérer un ou deux keepers type 2 pour le soir et un type 3 pour le matin, à partir d’un seul pack. J’ai raconté l’histoire complète de cette variété dans un autre article.

Zamal CBD, croisement type 2 x type 3 JGL-USC
Zamal CBD

nepalma : une lignée dans tous les chémotypes

Une même génétique de base peut se travailler dans toutes ces classes. La Nepalma en est l’exemple le plus abouti, elle a existé sous toutes les formes, en type 1, en type 2, en croisement type 2 × type 3, et en type 3. Une seule lignée, quatre chémotypes possibles, selon l’usage visé.

Nepalma CBD type 2 JGL-USC
Nepalma type 2
Nepalma CBD type 3 JGL-USC
Nepalma type 3

En 2011, la Nepalma type 1 naît d’un croisement Panama Red × Népal Indica. Stabilisation sur plusieurs générations les deux années suivantes, puis mise en vente en 2013 chez Underground Seeds Collective. En 2015, passage en type 2 par introduction de la CBDA synthase via un croisement avec un de mes clones de Z7, seul apport extérieur de toute la lignée. Cette génération type 2 a circulé gratuitement pour les usagers médicaux via USC, Cannabiogen, TSC et Sannie Shop.

Le travail ne s’est pas arrêté là. En re-sélectionnant dans la descendance génération après génération, par consanguinité régulière, j’ai poussé la lignée vers deux profils actuels : une branche type 3 pure, une autre en croisement type 2 × type 3. Les deux ont été testées négatives au HLVd par Altus Biolabs en juin 2026.

La suite se joue sur le profil terpénique de la femelle type 2 conservée. Je referai un backcross dessus avant de re-sélectionner du type 3 dans la descendance, pour garder plus proche le profil terpénique du keeper type 2, qui est excellent. Les type 3 actuels sont plus sucrés en général, et ce n’est pas ce que j’en attends. Comme je le dis dans l’article Soft Secrets, partie 1 et partie 2, une souche est considérée comme finie quand elle est stable sur les critères qu’on s’est fixés. Même si le type 3 actuel est très bien, il n’est pas encore à l’image de ce que je veux. Il est déjà stable sur le premier critère, le chémotype cannabinoïde, mais d’autres, comme les saveurs ou le temps de floraison, restent encore à travailler.

Le chémotype cannabinoïde d’un croisement de première génération est fiable dès la graine sur cette dimension, mais tout le reste ne l’est pas : ratio exact, taux global de cannabinoïdes. Sans analyse, ces valeurs restent des hypothèses, et les rares exceptions, allèle nul, hétérozygotie résiduelle, ne se détectent qu’au labo.

Créer un type 2 n’est pas compliqué techniquement : un croisement de première génération type 1 × type 3 le garantit, un croisement type 2 × type 3 le partage 50/50 avec du type 3. Ce qui prend du temps, c’est le reste. Le choix des parents est primordial, les tests de descendance aussi. Le travail de consanguinité sur les type 2 reste difficile, sans être impossible pour autant si on joue avec les trois types ensemble. Pour le T2/T3, tout est une question de sélection pour garder la lignée telle quelle en consanguinité.

Sources primaires citées

  • Weiblen et al. (2015). Gene duplication and divergence affecting drug content in Cannabis sativa. New Phytologist 208:1241–1250. DOI: 10.1111/nph.13562
  • van Bakel et al. (2011). The draft genome and transcriptome of Cannabis sativa. Genome Biology 12(10):R102. PMC3359589
  • Staginnus, Zörntlein & de Meijer (2014). A PCR marker linked to a THCA synthase polymorphism is a reliable tool to discriminate potentially THC-rich plants of Cannabis sativa L. Journal of Forensic Sciences 59(4):919–926. DOI: 10.1111/1556-4029.12448

La vibe.

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