Lambsbread, l’histoire d’une landrace Jamaïquaine

Une landrace jamaïcaine transmise par un chanteur de reggae, sauvée de la disparition puis renvoyée sur son île d’origine. Voici l’histoire de la Lambsbread telle que je l’ai vécue, et de ce qu’elle est devenue chez USC.

Cette souche vient du chanteur de reggae jamaïcain Bushman, de son vrai nom Dwight Duncan, né en 1973 dans une communauté rasta où cette plante poussait déjà depuis de nombreuses années. Un strain gardé pur et qu’on replante d’une année sur l’autre, comme n’importe quelle plante vivrière. Dès les années 60/70, elle fait partie du quotidien de cette communauté.

Au début des années 2000, lors d’un concert en Martinique, Bushman en donne quelques graines à une communauté équivalente sur l’île française. Sa demande est simple, les garder pures et ne pas en faire commerce en l’état, parce qu’en Jamaïque la Lambsbread devient rare, même chez ceux qui la cultivaient depuis toujours. Un geste de sauvegarde autant qu’un cadeau.

C’est GrowDan qui récupère ce lot en backstage ce soir-là. Le P1 part de là, d’une poignée de graines dans une poche après un concert. C’est un de ces strains très spirituels, avec une histoire forte, qu’il faut absolument garder vivant.

Fleur de Lambsbread jamaïcaine landrace NLD pure
Lambsbread, phéno JGL cut

Rahan et le Vibes Collective

Rahan et les amis du Vibes Collective prennent la suite et travaillent les deux premières générations après le P1. Rien de précipité. Des années à garder la ligne aussi proche que possible de ce qu’elle était.

Ses notes de l’époque donnent une bonne idée de ce que c’était de travailler cette lignée. Des graines de taille moyenne, brunes, marquées de marbrures noires. Une culture pas facile, sans être impossible non plus. Des hermaphrodites qui reviennent régulièrement, et un ratio de mâles peu important, un sur quinze plantes la première fois, quatre sur trente-cinq la seconde. L’odeur reste herbacée et discrète, presque anodine. Les feuilles fines, vert clair, portent beaucoup de folioles, un signe qui ne trompe pas sur l’origine NLD pure. Les buds arrivent peu denses, avec des arômes fruités et épicés, parfois définis par la banane ou la pomme selon les consommateurs.

Rahan notait aussi un temps de floraison de 14 à 16 semaines, mais ce chiffre est biaisé. La réalité tourne plutôt autour de 18 à 22 semaines. Ce qu’il documentait à l’époque concernait surtout le repérage des mâles et le travail sur les hermaphrodites en tout début de sélection. Un autre point qu’il relevait mérite d’être répété, récoltée trop tôt, la lignée peut donner des palpitations cardiaques à la place du high recherché. Mieux vaut attendre la fenêtre complète.

J’ai récupéré les graines de la part de Rahan et Breizou en 2010 et j’ai poussé le travail jusqu’à une quatrième génération, d’abord avec une préservation sur de grands nombres puis les suivantes en coulisses, en resélectionnant à chaque fois les individus qui me parlaient le plus pour une amélioration.

Le clone purple

Le clone que j’ai gardé pendant des années était un phéno purple, appelé JGL cut. Pas le plus compact de la lignée, ni le plus simple à cultiver. Structure aérienne, floraison longue, un pied qui demande de la patience plutôt qu’un rendement rapide. Rien à voir avec les hybrides modernes. Côté arômes, le phéno purple part sur une banane bubblegum avec un fond de carotte. Les phénos verts sont moins fruités, plus épicés, clou de girofle, poivre, carotte.

Je ne fume plus de type 1 aujourd’hui et je n’ai plus ce clone, mais l’expérience qu’il donnait reste attachée à cette plante pour moi. Le high était singulier et durait longtemps, trois à cinq heures de montée, et plus on en abusait, plus elle grimpait. Je n’y ai jamais trouvé de plafond, même si la puissance n’était pas fort importante. À forte dose, dix grammes dans une journée par exemple, elle donnait toute sa puissance, c’est ça une landrace d’antan, avant tout un high particulier qui se révèle parfois très puissant en grosse quantité. Comme pour toute weed je conseille de la fumer pure pour garder les saveurs subtiles et ne pas casser l’effet, mais pour les landrace NLD c’est encore plus primordial.

Le côté social restait possible à dose normale, on pouvait suivre une conversation, rester avec les gens autour de soi, mais à plus grosses doses on était surtout dans sa tête, l’esprit partait dans tous les sens et faire plusieurs choses en même temps devenait vite le bazar, tellement le cerveau divaguait. Par contre, dès qu’on se concentrait sur une seule chose, la clarté était totale et rien ne venait la déranger, un focus extrême. Pour la musique, l’art, l’introspection, la méditation, c’était excellent. À très haute dose elle pouvait aussi déstabiliser du à son effet sans plafond, avec de l’anxiété ou de la nervosité chez certains. Le vrai défaut, c’était le sommeil, les vagues électriques revenaient par cycles même des heures après le dernier joint, et même un chaser d’indica pure n’y changeait pas grand-chose, aller dormir à 4h du mat pour se réveiller 1 heure après avec le cœur et le cerveau à fond est courant.

Teintes violettes du phéno purple Lambsbread JGL cut
Les teintes violettes du JGL cut en fin de floraison

Les croisements qui en découlent chez USC

De ce clone purple est née la Doublejam, un croisement de première génération avec la JBM, une autre jamaïcaine préservée depuis 1987 par Kaiki et Siete de Cannabiogen et que j’ai également travaillée en consanguin pour les croisements chez USC et pure chez Cannabiogen. La floraison va de 14 à 20 semaines, un stretch de x8 à x20 selon les individus, des teintes violettes en fin de cycle, et un high qui varie du cérébral euphorique et sociable jusqu’à l’électrique pur, toujours sans plafond sur beaucoup de phénos. Le goût tourne autour du fruité, du floral et de l’épicé. Un regroupement de souches jamaïcaines mêlant un cultivar récent à une landrace d’antan.

Doublejam USC Lambsbread x JBM en floraison
Doublejam, phéno électrique
Doublejam teintes violettes fin de floraison
Expression violette en fin de cycle

Vendue chez Underground Seeds Collective à partir de 2012, la Doublejam a ensuite été reprise en travail consanguin sur ma propre lignée par MagicsHerbs, devenu depuis Bunkerlinge, que je salue au passage. The Real Seed Company a fait de même et la vend toujours aujourd’hui. Deux breeders différents qui continuent, chacun à leur façon, à faire vivre le même matériel de départ. J’ai également travaillé la lignée en consanguin sur quelques générations, sur certains critères principaux, raccourcir le temps de floraison, garder le high typique Lambsbread sans plafond et une puissance accrue. Le dernier batch que j’ai vendu chez USC est d’ailleurs cette version. Cristalin a également retravaillé une génération suivante pour la vente chez USC après mon départ.

La Coljam vient d’un autre croisement, un mâle Lambsbread cette fois, sur mon clone de Colombian Gold 80, sorti chez USC en 2011, à la base en croisement de première génération puis une version plus aboutie avec un backcross sur mon clone colombien. Plus tard, est arrivé le Coljam CBD, une version type 2 que j’ai distribuée gratuitement à la même période que la Nepalma CBD type 2 en freebees, en 2015.

La diffusion et le retour

J’ai distribué des milliers de graines dans le milieu privé à travers le monde au fil des années pour que cette lignée continue d’exister. J’en ai aussi donné des centaines à Rom’s pour les distribuer de son côté.

Une partie est repartie vers la Jamaïque, environ un millier de graines au total. Rendre à l’île ce qu’elle avait donné à la communauté rasta de Martinique plus tôt me paraissait juste, et j’espère qu’elle prospère toujours sur son île des années après, sous sa forme pure.

Budularo a lancé un batch de mes graines dernièrement et j’espère qu’il fera le régal de tous les consommateurs des US, comme à son habitude avec toutes ses superbes NLD.

✦ ✦ ✦

Remerciements

À GrowDan, pour avoir su saisir ce moment et ramener ce P1. À Rahan et aux amis du Vibes Collective. À Mustafunk, mon ami, pour avoir porté la mémoire du Vibes Collective et documenté ce travail de préservation depuis des années sur les forums historiques comme Icmag, Overgrow et bien d’autres, quand peu de gens s’en souciaient encore. À Rom’s, pour avoir continué à faire vivre cette histoire et la distribution de la souche. Et bien sûr à tous mes autres amis qui ont participé à la préservation de cette souche et d’autres, mon bro Flying Lion, PTG, Breizou, Viudiv, Argos, Elchichas, Budularo et tous ceux que j’oublie.

La vibe.

JGL

à lire aussi

Sur une autre landrace que j’ai travaillée, la Zamal CBD, histoire d’une landrace française enrichie au CBD. Sur ma façon de sélectionner, le breeding selon JGL. Et côté sanitaire, mon guide sur le HLVd, le viroïde qui menace les collections de pieds-mères.

Retrouvez les sélections JGL-USC, génétiques de collection et fleurs CBD, sur la boutique JGL-USC.