Quand on lit ce qui circule en français sur le HLVd, on a l’impression que le phénomène est apparu hier. La plupart des articles parlent d’un pathogène « récemment découvert », d’une « nouvelle menace ». Ce n’est pas tout à fait faux pour le cannabis. Mais c’est une vision étroite. Le HLVd est connu depuis 1987, bientôt quarante ans. Et son histoire commence dans un endroit qui n’a rien à voir avec nos boutures et nos mères : une houblonnière espagnole.
J’écris cet article parce que la documentation francophone sérieuse sur le sujet manque, et parce que j’ai trois angles à apporter :
- Un angle breeder. Je travaille en graines régulières, et le pollen et les graines sont des vecteurs majeurs du HLVd dont peu de monde parle, y compris dans l’industrie américaine de la graine féminisée, qui utilise massivement du pollen issu de femelles « reversées » au thiosulfate ou au nitrate d’argent. Une femelle reversée porte exactement le même HLVd qu’une femelle normale ; le pollen qu’elle produit n’est en rien immunisé. Quand on sait que la graine féminisée représente l’essentiel des semences vendues à l’international, on mesure l’enjeu.
- Un angle cultivateur. Que tu fasses de la fleur CBD en France, du chanvre industriel pour la filière fibre ou de la culture hobby chez toi, tu es concerné, et il faut des conseils pratiques.
- Un angle français et européen. Nos voisins houblonniers vivent avec le viroïde depuis quarante ans, notre filière chanvre industriel est la première d’Europe, mais on n’a quasiment aucune donnée publique sur l’état des cultures françaises face au HLVd.
Je ne vais pas tout résumer en exhaustivité : les reviews d’Adkar-Purushothama de l’Université de Sherbrooke en 2023 et l’étude de Punja en 2025 font ce travail. Je pose les faits essentiels, je croise les sources qui ne disent pas toutes la même chose, j’explique pourquoi c’est devenu une catastrophe sur cannabis alors que c’était gérable sur houblon, et je tire ce que ça veut dire concrètement pour ceux qui cultivent.
Une histoire de quarante ans qui commence dans le houblon
Pallas et son équipe l’isolent pour la première fois en 1987 dans des houblons commerciaux espagnols. L’année suivante, Puchta et ses collègues allemands en publient la séquence complète dans Nucleic Acids Research : 256 nucléotides d’ARN circulaire, sans aucune capacité à coder pour la moindre protéine. La structure est élégante, un cercle fermé sur lui-même qui se replie en bâtonnet par appariements de bases internes. C’est le genre d’objet biologique qui force l’admiration tant il est minimaliste.
Le nom qu’on lui donne, « hop latent viroid », traduit la première impression des chercheurs : un viroïde du houblon qui semble ne provoquer aucun symptôme. Latent. Sauf que ce qualificatif s’est révélé partiellement faux.
Les équipes tchèques de Patzak et Matoušek ont documenté dans les années 1990 et 2000 que le HLVd réduisait les rendements de certains cultivars de houblon de 27 %, et la teneur en alpha-acides — la substance amère qui fait la valeur du houblon en brasserie — de 20 à 50 % selon les variétés.
Pour un brasseur, ce n’est pas anodin. Le viroïde était silencieux à l’œil, pas dans le portefeuille.
Pendant trente ans, c’est resté un sujet de phytopathologie spécialisée du houblon. Le HLVd a été détecté partout où l’on cultive du houblon intensivement : Royaume-Uni, Allemagne, Slovénie, République tchèque, Pologne, Belgique, Brésil, Chine, Japon, Turquie, États-Unis. Et la France, qui produit du houblon (surtout en Alsace et un peu dans le Nord), n’a aucune raison de faire exception.
Puis en 2019, deux équipes californiennes, celle de Bektaş et celle de Warren, publient simultanément la première détection du HLVd dans le cannabis présentant ce que les producteurs américains appellent depuis quelque temps déjà la dudding disease : la maladie des plants qui ratent. Plants chétifs, fleurs sans relief, trichomes maigres. Le viroïde avait sauté de barrière d’espèce. Ou plutôt, on s’apercevait qu’il était là depuis des années sans qu’on l’identifie.
Une étude conduite par Dark Heart Nursery en 2021, sur près de 200 000 échantillons, a montré que 90 % des installations californiennes de production de cannabis étaient positives au HLVd. En deux ans. Au Canada, l’analyse de Punja sur près de 16 000 échantillons collectés entre 2020 et 2023 dans neuf provinces a donné une moyenne nationale de 25,6 %, avec des pointes à 92 % dans certaines provinces.
Quarante ans dans le houblon, six ans dans le cannabis pour devenir une pandémie. Il faut comprendre pourquoi.
Pourquoi c’est gérable sur houblon et catastrophique sur cannabis
C’est le point central de cet article, et c’est ce que la littérature francophone passe presque toujours sous silence.
Quand le HLVd se trouve dans une plante de houblon, il peut s’y reproduire, abaisser les rendements, baisser la qualité, mais il a un point faible dans sa stratégie de propagation : il se transmet peu par les graines. Les études de Matoušek dans les années 2000 ont montré un taux de transmission de l’ordre de 6 à 8 % dans les graines de houblon. À comparer avec ce qu’on observe chez le cannabis, où ce taux peut grimper jusqu’à 15-100 % selon les conditions. Le rapport d’efficacité de transmission entre les deux espèces est d’un ordre de grandeur.
Pendant longtemps, on a soupçonné ce phénomène sans le comprendre. C’est l’équipe de Matoušek encore, en 2008, dans un article publié dans Biological Chemistry, qui a élucidé le mécanisme. Et c’est probablement l’une des découvertes les plus élégantes de la phytopathologie de ces vingt dernières années.
Le pollen de houblon synthétise, pendant sa maturation, des enzymes nucléases qui dégradent activement l’ARN du HLVd. La principale s’appelle HBN1, une endonucléase de la famille des S1-like, dont l’activité culmine pendant l’étape de vacuolisation du pollen. À cela s’ajoutent d’autres RNases dont l’activité augmente continuellement jusqu’à la maturation finale du grain de pollen. Le résultat est spectaculaire : dans le pollen mature, on ne détecte plus que des traces du viroïde, et le pollen en germination ne contient plus de HLVd détectable. Les produits de dégradation observés font 100 à 230 nucléotides, ce qui prouve qu’on assiste à une coupure enzymatique progressive de l’ARN viroïdique.
Concrètement, le houblon dispose d’une immunité reproductive contre son propre viroïde. Le HLVd peut infecter la plante mère, faire ses dégâts dans la houblonnière, mais quand la plante se reproduit sexuellement, le pollen est largement nettoyé. La descendance par graines est en grande partie protégée.
Cette barrière biologique a permis aux producteurs de houblon de cohabiter avec le HLVd pendant des décennies sans que l’épidémie ne devienne incontrôlable.
Le cannabis ne dispose pas de ce mécanisme protecteur. Ou bien il en dispose à un niveau si réduit qu’il est inopérant. Punja et son équipe ont montré en 2025 que les anthères et le pollen de plants mâles infectés portent du HLVd détectable et fonctionnel. Les graines issues de croisements entre parents infectés sont positives à des taux qui vont de 15 à 100 % selon les cultivars, selon les données combinées de Punja et de TUMI Genomics (Tassa Saldi).
Voilà la différence biologique fondamentale entre les deux espèces. Le houblon a une horloge enzymatique qui nettoie son pollen. Le cannabis ne l’a pas. C’est ce qui explique pourquoi, en moins d’une décennie, le HLVd a colonisé jusqu’à 90 % des productions californiennes : chaque graine, chaque pollen, chaque clone est un vecteur potentiel, et il n’y a aucun barrage naturel à la dissémination.
La biologie en clair
Un viroïde n’est pas un virus. C’est plus simple, et c’est pour ça que c’est pire.
Un virus a au minimum une enveloppe protéique pour protéger son matériel génétique. Le viroïde, lui, n’est qu’une molécule d’ARN nue. 256 nucléotides chez le HLVd, c’est plus petit que la quasi-totalité des virus connus. Et pourtant, ça suffit à parasiter la machinerie cellulaire de la plante hôte et à se reproduire indéfiniment.
Le mécanisme s’appelle réplication en cercle roulant asymétrique. L’ARN circulaire est lu par une enzyme normalement utilisée par la plante pour transcrire ses propres gènes (l’ARN polymérase II). On produit un brin complémentaire linéaire, qui sert lui-même de matrice pour de nouvelles copies. Un ribozyme, une enzyme à ARN, découpe le tout en monomères, qu’une ligase referme en cercle. Le cycle recommence. La plante travaille pour le viroïde sans le savoir.
Ce qui rend cet objet biologique particulièrement résistant, c’est sa forme circulaire fermée. Un ARN linéaire est attaqué par les enzymes RNases, il a une durée de vie courte. Un ARN circulaire fermé n’a pas d’extrémités, donc les exonucléases (qui attaquent depuis les extrémités) ne peuvent rien contre lui. Ce détail technique a des conséquences pratiques massives en termes de désinfection.
Le piège du silence végétatif
C’est ce qui fait que le HLVd a pu se répandre comme il l’a fait. Une plante infectée peut paraître parfaitement saine pendant des mois.
L’étude canadienne de Punja sur 16 000 échantillons est éclairante : la majorité des plants-mères positifs au HLVd ne présente aucun symptôme visible en phase végétative. Quelques génotypes sensibles montrent un léger ralentissement, des entre-nœuds raccourcis, un développement racinaire moins vigoureux. Mais le profane n’y verrait rien.
Tout change en floraison. Les inflorescences se développent moins, restent étriquées. Les bractées florales jaunissent. Et surtout — c’est le point qui frappe — les trichomes sont visiblement affectés : plus petits, moins nombreux, sous-développés, plus pâles. Pas le jaune ambré qu’on cherche, plutôt un blanc-jaunâtre sans relief. Sur la qualité finale, la baisse de THC peut atteindre 30 à 50 % selon les sources américaines, avec un profil aromatique amoindri et des rendements en chute.
On diagnostique donc en floraison, quand c’est déjà trop tard pour la récolte en cours. Et entre temps, la plante a contaminé ses voisines, ses boutures, ses outils.
Les voies de transmission
Boutures : 100 % en quatre semaines
Quand on prélève une bouture sur un plant-mère infecté, la bouture est infectée. Quasi systématiquement. Punja a montré qu’en quatre semaines, 100 % des clones sont positifs, avec détection dans les racines dès leur émergence.
C’est la voie reine en production commerciale, parce que toute l’industrie repose sur la propagation par bouturage. Pour un cultivateur en intérieur qui maintient des mères pour faire ses propres boutures, c’est exactement la même mécanique à plus petite échelle : une mère contaminée donne des dizaines de clones contaminés.
Graines et pollen : la grande différence avec le houblon
C’est ici que tout se joue, et c’est ici que cannabis et chanvre divergent radicalement du modèle houblon dont on vient de parler.
Les graines de cannabis issues de parents infectés peuvent l’être à des taux extrêmement variables : TUMI Genomics rapporte 15 à 50 % selon les cultivars et l’âge des graines, Punja a documenté jusqu’à 100 % sur un croisement où les deux parents étaient infectés. Les plantules issues de ces graines sont positives dès les cotylédons, avant même que les premières vraies feuilles n’apparaissent.
Le pollen est porteur lui aussi. Sans le mécanisme protecteur HBN1 du houblon, l’ARN viroïdique persiste dans le grain de pollen mature et reste infectieux à la fécondation. Ce qui veut dire qu’un croisement où un seul des deux parents est infecté peut donner une descendance contaminée à 30-50 %. Si les deux sont infectés, on peut monter à 100 %.
Quand une femelle est traitée au thiosulfate d’argent ou au nitrate d’argent pour qu’elle produise du pollen, sa charge virale en HLVd ne disparaît pas avec l’inversion sexuelle, elle reste exactement ce qu’elle était. Le pollen produit par cette femelle reversée est donc tout aussi porteur que celui d’un mâle classique infecté.
C’est même cette technique que Punja et son équipe ont utilisée pour démontrer la transmission par pollen : ils ont traité une mère HLVd-positive ‘G11’ à l’argent, ont collecté son pollen, ont fécondé une mère ‘M1’ également positive, et ont obtenu 100 % de graines positives.
Pour l’industrie mondiale de la graine féminisée, qui représente aujourd’hui la majorité des semences cannabis vendues à l’international, c’est un problème structurel. Quand la même mère « donneuse de pollen » sert à féconder des dizaines ou centaines de mères femelles dans un même cycle de production, une seule mère donneuse infectée peut contaminer toute la cohorte de graines féminisées issues de cette session. Et cette mécanique est aujourd’hui partout : Hollande, Espagne, Canada, États-Unis. La graine féminisée commerciale n’est pas, en moyenne, plus propre que la régulière, elle est probablement même plus exposée, parce que la concentration du risque est plus grande sur quelques individus donneurs de pollen.
C’est aussi pour ça que le travail en graines régulières, avec sélection de mâles vrais, reste à mon sens une garantie de propreté supérieure.
Cette question est totalement ignorée de la réglementation française et européenne actuelle, qui contrôle le taux de THC mais pas la charge virale.
Eau, racines, surfaces
L’étude Punja 2025 a établi formellement quelque chose qu’on soupçonnait sans l’avoir prouvé : le HLVd se transmet par les racines via l’eau d’irrigation en culture hydroponique. Des fragments de racines et des cellules détachées contiennent du viroïde et flottent dans le circuit. Deux semaines suffisent pour qu’un plant sain à côté d’un plant infecté devienne positif.
Le viroïde a été détecté dans la solution nutritive, les eaux de drainage, les buses d’irrigation, les tables sous les blocs de laine de roche, les arrosoirs, les conteneurs. Et — détail qui glace — sur des ustensiles en plastique après autoclavage à 120 °C. Le viroïde survit à des conditions qui stérilisent à peu près tout.
En culture sur substrat plein (terre, fibre de coco hors hydro), cette voie est probablement moins efficace, parce que le système racinaire est isolé du voisinage et tamponné par le substrat et sa microflore. Mais elle existe dès lors qu’on utilise du matériel partagé, des arrosoirs communs ou des tables non décontaminées.
Outils et blessures
La voie la plus classique. Sève d’une plante infectée déposée sur une tige fraîchement coupée d’une plante saine = transmission. Sécateurs non désinfectés entre deux plantes = vecteur quasi systématique. Un coup de ciseau sur le bord d’une feuille ne suffit pas, il faut une vraie blessure des tissus, mais en pratique pendant une taille c’est facile à obtenir.
Pour le cultivateur : se prémunir au quotidien
Si tu cultives — que tu sois agriculteur en chanvre industriel, producteur de fleur CBD, ou cultivateur amateur en intérieur — voici les points pratiques qui valent pour tous.
Choisir ses semences ou ses clones avec discernement
- Pour un agriculteur en chanvre industriel : les semences certifiées Hemp-it ou autres semenciers européens viennent de zones de multiplication isolées, et la coopérative Hemp-it est même unique en Europe pour cette pratique. C’est un atout théorique. Mais à ma connaissance, aucun protocole de test HLVd n’est intégré à la certification des semences de chanvre actuellement. Tant que ce n’est pas le cas, la sécurité reste relative.
- Pour un producteur de fleur CBD : exige des fournisseurs de boutures qu’ils fournissent un certificat de test HLVd récent par lot. Si le fournisseur ne sait pas de quoi tu parles, change de fournisseur.
- Pour un cultivateur amateur : graines plutôt que clones, sauf si tu connais personnellement le breeder et que sa procédure de test est claire. Les graines régulières issues de programmes de breeding sérieux sont aujourd’hui plus sûres que des clones d’origine douteuse.
Hygiène stricte des outils
Désinfection des sécateurs entre chaque plante pendant les opérations de taille ou de prélèvement de boutures. Eau de Javel à 10 %, après un nettoyage mécanique préalable (gratter, rincer la sève visible). Pas l’inverse : sur une lame couverte de sève, l’eau de Javel ne pénètre pas et n’atteint pas l’ARN du viroïde.
Une lavette dans un bac de Javel à côté du poste de travail, c’est le minimum. Pour les producteurs commerciaux : deux jeux de sécateurs en alternance, l’un en cours d’utilisation, l’autre dans le bain.
Surveillance visuelle au moment de la floraison
C’est le moment où les symptômes commencent à se voir. Un plant nettement plus petit que ses voisins dans une rangée homogène, des entre-nœuds curieusement courts, des feuilles qui frisottent ou pâlissent sans raison nutritionnelle évidente, et surtout des têtes qui se forment mal ou des trichomes pâles et clairsemés en début de production : c’est le tableau classique.
Sur une parcelle de chanvre industriel : repérer des îlots de plants chétifs au milieu d’une parcelle homogène est un signal d’alerte.
Où faire tester ses plantes pour le HLVd ?
La détection du HLVd se fait par RT-PCR, plus précisément par RT-qPCR temps réel. Le tissu de référence est la racine : c’est là que la charge en viroïde est la plus élevée et la plus stable, quel que soit le génotype ou le stade végétatif.
Pour un breeder ou un cultivateur français, l’offre se résume aujourd’hui à une poignée d’adresses, presque toutes européennes ou nord-américaines. Deux critères pratiques tranchent à peu près tout : reste-t-on dans l’UE pour éviter le casse-tête douanier sur du matériel végétal, et faut-il un rapport accrédité ou simplement un résultat fiable.
Option 1 : Spectralfingerprints (Slovénie)
SFP d.o.o., laboratoire basé à Ljubljana, que j’utilise déjà en routine pour les analyses cannabinoïdes et terpènes. Le test HLVd n’est pas dans la grille publique, mais il se négocie directement, comme test à la demande, sur la base de la relation déjà établie.
Avantages concrets : envoi intra-UE sans complication douanière et interlocuteurs scientifiques disponibles pour discuter le résultat.
Tissu à fournir : racine sèche, environ 300 mg, prélevée sur une plante d’au moins 4 à 5 semaines, demande supplémentaire feuille et branche.
📧 Contact : info@spectralfingerprints.com
Option 2 : CTAEX (Espagne)
Le Centro Tecnológico Nacional Agroalimentario, à Badajoz, est aujourd’hui le point d’entrée espagnol pour les analyses cannabis médical et chanvre industriel. Premier laboratoire espagnol accrédité ENAC ISO 17025 sur cette filière, depuis décembre 2022.
Le détail qui change la donne : le dépistage viroïdal s’y fait en RT-qPCR multiplex, qui détecte dans la même réaction le HLVd, le LCV (Lettuce Chlorosis Virus), le CanCV (Cannabis Cryptic Virus) et le TMV (Tobacco Mosaic Virus). Un seul échantillon donne donc le statut complet sur les quatre principales menaces virales et viroïdales du cannabis, là où la plupart des labos ne testent que le HLVd.
Pour le tarif et les modalités d’expédition, il faut écrire au laboratoire avant tout envoi.
📧 Contact : laboratoire@ctaex.com
Option 3 : Naktuinbouw (Pays-Bas)
L’institut officiel néerlandais d’inspection horticole propose depuis janvier 2024 un test RT-PCR temps réel HLVd. Cadre proche d’un service phytosanitaire d’État, formalisme institutionnel élevé. Utile surtout si le résultat doit servir à appuyer une démarche réglementaire.
Option 4 : laboratoires nord-américains
Pour un projet qui s’inscrit dans les standards de l’industrie cannabis nord-américaine, deux noms reviennent.
TUMI Genomics (équipe de Tassa Saldi, États-Unis) est la référence pour le HLVd dans cette industrie, et propose aussi la plateforme TUMIGlow pour test rapide sur site.
Medicinal Genomics (équipe de Kevin McKernan, États-Unis) est un des pionniers des outils moléculaires cannabis, avec un travail notable sur les limites de détection et les biais d’échantillonnage en qPCR.
Le coût d’expédition transatlantique et la déclaration douanière sur du matériel végétal hors UE pèsent vite lourd. Pour un acteur français isolé, ça reste rarement le bon choix par défaut.
Quoi choisir
Pour un usage courant (vérification d’un pied mère, contrôle d’un lot suspect), Spectralfingerprints et CTAEX couvrent l’essentiel, à coût raisonnable, sans friction douanière. CTAEX ajoute le multiplex HLVd/LCV/CanCV/TMV : pour un seul échantillon, on obtient un statut viral complet, ce qui est souvent plus utile qu’un résultat HLVd isolé quand on cherche à comprendre une chute de vigueur ou de rendement. Naktuinbouw n’a d’intérêt que pour un formalisme institutionnel européen. Les laboratoires nord-américains gardent leur statut de référence scientifique, mais pour un acteur français isolé, la logistique annule trop souvent le bénéfice.
C’est aussi un appel à la filière française : tant qu’aucun laboratoire national n’affichera le test HLVd dans son catalogue avec un tarif clair, on continuera à devoir envoyer des échantillons en Slovénie, en Espagne ou aux Pays-Bas pour des tests qu’on pourrait parfaitement faire chez nous. Une structure semencière comme Hemp-it ou un institut technique comme Terres Inovia auraient toute légitimité à coordonner la mise en place d’une offre française de test, accessible aux producteurs de chanvre, aux producteurs de fleur CBD et aux breeders sérieux.
Gestion des plants positifs
Ce qui est dur à entendre : un plant positif ne se soigne pas. Pas de traitement curatif. Pas de pulvérisation, pas de fongicide, pas de molécule miracle. L’arrachage et la destruction restent la voie principale.
Sauf cas d’une lignée précieuse irremplaçable : on bascule alors sur la culture de méristèmes (voir plus loin).
Sélection génotypique consciente
Tous les cultivars ne sont pas égaux face au HLVd. Les travaux conduits notamment chez TUMI Genomics et Medicinal Genomics ont identifié des génotypes nettement plus tolérants que d’autres.
- Cultivars tolérants (niveaux de réplication virale très bas, voire inexistants après plusieurs semaines d’exposition) : Gelato 33, Motorhead, Oreoz.
- Cultivars sensibles (accumulation du viroïde à des niveaux très élevés) : Chilled Cherries, Purple Milk, Wedding Pie.
Pour un breeder, c’est une donnée précieuse. Introduire de la tolérance HLVd comme critère de sélection dans un programme de croisement n’est plus optionnel. Travailler à partir de fonds génétiques tolérants augmente la robustesse des lignées finales.
Les avancées récentes 2024-2025
Le sujet a explosé scientifiquement ces deux dernières années. Quelques jalons à connaître.
Recherche fondamentale
L’équipe de Zamir Punja à Simon Fraser University (Canada) a publié deux études majeures : l’enquête épidémiologique canadienne en 2024 (16 000 échantillons sur 9 provinces) et l’étude exhaustive de transmission/longévité/management en 2025 dans Plants. C’est aujourd’hui la base scientifique de référence.
L’équipe d’Adkar-Purushothama à l’Université de Sherbrooke (Québec, francophone) a publié en 2023 une review très complète dans Viruses qui synthétise tout ce qu’on savait alors. Cette review reste un excellent point de départ pour qui veut creuser.
Singh et al. ont publié fin 2023 dans Viruses une étude qui a précisé la gamme d’hôtes du HLVd au-delà du cannabis, du chanvre et du houblon, incluant maintenant la tomate, le tabac et plusieurs autres solanacées comme hôtes capables de soutenir la réplication virale.
Résistance variétale
L’identification de cultivars résistants comme Gelato 33 a ouvert la voie à des programmes de cartographie génétique pour identifier les gènes responsables de cette résistance. L’objectif à terme : transférer cette résistance dans d’autres lignées commerciales, soit par croisement classique, soit éventuellement par édition génomique de type CRISPR-Cas9 — ce qui fait débat éthique mais est techniquement faisable.
L’hypothèse mécanistique qui se dégage : les cultivars tolérants déposent davantage de callose dans leurs plasmodesmes, ces canaux qui relient les cellules entre elles. Cette barrière physique limiterait la propagation du viroïde de cellule en cellule. Si l’hypothèse se confirme, on aura un marqueur biologique exploitable.
Gestion des résidus
L’étude Šafář et al. (2021) publiée dans Plant Pathology a montré que la digestion anaérobie (méthanisation) dégrade efficacement le HLVd dans les résidus de récolte de houblon. C’est une bonne nouvelle pour les exploitations qui ont accès à un méthaniseur : la valorisation des résidus contaminés devient possible sans risque de propagation.
La culture de méristèmes : la dernière option
Quand une lignée précieuse est contaminée et qu’on ne peut pas se permettre de la perdre, il reste une option : régénérer la plante à partir d’un méristème apical. La zone de division cellulaire en pointe des bourgeons est naturellement très peu colonisée par le viroïde, probablement justement à cause de cette barrière de callose dans les plasmodesmes qui limite la progression vers les cellules méristématiques.
En prélevant un méristème de 0,4 mm et en le mettant en culture in vitro sur milieu nutritif stérile, on régénère une plante normalement débarrassée du viroïde.
Le taux de succès moyen mesuré par Punja sur 8 génotypes était de 40,66 %, avec une variabilité extrême : un génotype donnait 100 % de réussite, un autre 0 %. C’est un travail de laboratoire qui demande de l’équipement et du savoir-faire.
Et la filière française dans tout ça ?
C’est la partie de l’article qui se heurte au vide documentaire.
La France est le premier producteur européen de chanvre industriel, avec environ 23 000 hectares cultivés en 2024 et un objectif de 46 000 hectares en 2027 selon InterChanvre. La filière est structurée : InterChanvre comme interprofession, la FNPC (Fédération Nationale des Producteurs de Chanvre) côté producteurs, Hemp-it côté semences, Terres Inovia côté recherche technique, INRAE côté recherche fondamentale. C’est une filière sérieuse, structurée, qui a soixante ans d’histoire.
Hemp-it, la coopérative semencière fondée en 1965, présente un atout particulier face au HLVd : c’est la seule entité européenne capable de multiplier les semences de chanvre industriel dans une zone géographique isolée (Maine-et-Loire). Cette isolation physique des parcelles de multiplication est, à mon sens, une chance réelle pour préserver la propreté virologique des lots semenciers, à condition que les parcelles de départ soient elles-mêmes propres.
Mais voici le problème : à ma connaissance, aucune enquête publique française n’a documenté la prévalence du HLVd dans la filière chanvre française. Aucun rapport ANSES, aucune publication INRAE ni Terres Inovia accessible que j’aie pu trouver. Pas de protocole de test intégré à la certification des semences. Le sujet n’est pas (encore ?) sur la table.
Pour la filière fleur CBD, la situation est encore moins claire. InterChanvre a officiellement exclu les fleurs de son champ d’application en janvier 2024, séparant l’économie du chanvre industriel de celle des cannabinoïdes. Cette séparation institutionnelle ne change rien à la biologie : c’est la même plante, et le HLVd ne fait pas la différence entre une variété Futura 83 et une fleur indoor à 12 % de CBD. Mais elle laisse la filière fleur CBD française sans interlocuteur institutionnel pour des sujets sanitaires comme celui-ci.
Plusieurs sites de vente CBD reproduisent des informations approximatives, allant jusqu’à affirmer que « la production, la vente ou l’utilisation du HLVd sont interdites en France » — affirmation qui n’a aucun sens juridique, puisqu’on ne légifère pas sur l’usage d’un viroïde végétal et que le HLVd n’apparaît dans aucune liste réglementaire phytosanitaire française ou européenne. Ce niveau de désinformation est symptomatique du vide : faute de communication officielle, ce sont des informations farfelues qui circulent.
Ce que la filière française devrait faire, à mon humble avis
- Une enquête de prévalence sur un échantillon représentatif de parcelles de chanvre industriel, des houblonnières, et des productions de fleur CBD. Pour savoir où on en est. Sans cette donnée, on navigue à vue.
- Un protocole de test HLVd intégré à la certification des semences de chanvre. Compte tenu du rôle de Hemp-it comme exportateur européen majeur, c’est une responsabilité collective vis-à-vis de toute la filière européenne en aval.
- Une communication officielle auprès des cultivateurs et producteurs, pour que le sujet ne reste pas l’apanage d’une poignée d’initiés.
Ce que je fais chez JGL-USC
Pour finir sur du concret. Voici ce que j’applique dans mon propre workflow :
- Test systématique des parents avant croisement, sur prélèvement racinaire, archivage du résultat. Un parent positif est éliminé du programme, pas mis en quarantaine.
- Hygiène stricte des outils : désinfection entre chaque plante avec eau de Javel à 20 % après nettoyage mécanique préalable.
- Pas de partage de matériel entre zones. Les outils restent dans leur zone d’origine. Le substrat n’est pas réutilisé.
- Refus de la course au rendement. Cultiver moins, mais cultiver propre.
C’est lié à la conviction qui m’anime depuis longtemps : un breeder ne distribue que ce qu’il accepterait de cultiver lui-même. Le HLVd ne change pas ce principe, il le renforce.
Pour finir
Le HLVd est un cas d’école d’un pathogène qui exploite à fond les pratiques de l’industrie moderne du cannabis : multiplication végétative massive, densité élevée, recirculation hydroponique, échanges internationaux de matériel génétique. Tout ce qui fait l’efficacité d’une production commerciale fait aussi sa vulnérabilité au viroïde.
Le contraste avec le houblon, qui vit avec ce viroïde depuis quarante ans grâce à un mécanisme enzymatique propre (la nucléase HBN1 qui nettoie le pollen), est riche d’enseignements. Il nous rappelle que la nature a fabriqué des barrières quand elle a eu le temps de le faire. Le cannabis n’a pas eu ce temps avec le HLVd : l’épidémie est trop récente pour qu’une sélection naturelle ait pu favoriser des génotypes capables de nettoyer leur pollen.
C’est dans ce vide que travaillent les growers aujourd’hui. La sélection des cultivars tolérants, l’identification des gènes de résistance, l’éventuelle édition génomique CRISPR — tout ça vise à reconstruire artificiellement, en quelques années, ce que le houblon a mis des millénaires à acquérir naturellement. Le défi est immense.
Pour la France, les enjeux sont doubles. Côté chanvre industriel — premier producteur européen — on a une responsabilité d’amont : sécuriser la production de semences pour ne pas exporter le viroïde chez nos voisins. Côté fleur CBD, en construction, on a tout à structurer, y compris une vraie communication sanitaire qui n’existe pas encore.
Quarante ans d’histoire et le HLVd n’a pas fini la sienne. Le travail de Punja, Saldi, Adkar-Purushothama, Matoušek et de leurs équipes nous donne enfin les outils pour comprendre. Reste à les utiliser, ensemble.
📚 Sources principales
Études
Pallas V., Navarro A., Flores R. (1987). Isolation of a viroid-like RNA from hop different from hop stunt viroid. Journal of General Virology 68:3201-3205.
Puchta H. et al. (1988). The molecular structure of hop latent viroid (HLV), a new viroid occurring worldwide in hops. Nucleic Acids Research 16(10):4197-4216.
Matoušek J. et al. (2008). Elimination of hop latent viroid upon developmental activation of pollen nucleases. Biological Chemistry 389(7):905-918. — La référence sur le mécanisme HBN1.
Bektaş A. et al. (2019). Occurrence of Hop Latent Viroid in Cannabis Sativa with Symptoms of Cannabis Stunting Disease in California. Plant Disease.
Warren J.G. et al. (2019). Occurrence of Hop Latent Viroid Causing Disease in Cannabis Sativa in California. Plant Disease.
Adkar-Purushothama C.R., Sano T., Perreault J.-P. (2023). Hop Latent Viroid: A Hidden Threat to the Cannabis Industry. Viruses 15(3):681. Université de Sherbrooke. Accès libre CC BY 4.0.
Singh M. et al. (2024). New Insights into Hop Latent Viroid Detection, Infectivity, Host Range, and Transmission. Viruses 16(1):30.
Punja Z.K. et al. (2024). Symptomology, prevalence, and impact of Hop latent viroid on greenhouse-grown cannabis plants in Canada. Canadian Journal of Plant Pathology 46:174-197.
Punja Z.K. et al. (2025). Transmission, Spread, Longevity and Management of Hop Latent Viroid. Plants 14(5):830. Accès libre CC BY 4.0.
Autres sources
Travaux et publications de TUMI Genomics (Tassa Saldi) — taux de transmission par graines, méthodes de détection.
Étude Dark Heart Nursery 2021 — 200 000 échantillons, prévalence en Californie.
Données et plans de filière InterChanvre, Hemp-it, FNPC, Terres Inovia.
La vibe — JGL

