Les French Breeders toujours en action — Soft Secrets, 2015

En juillet 2015, Soft Secrets France nous a consacré une longue interview à Cristalin et moi sur notre travail chez Underground Seeds Collective. Onze ans après, je republie ici cet article fondateur sur les french breeders, avec mes notes en 2026.

Source originale
Interview publiée par Soft Secrets France le 25 juillet 2015, dans la rubrique Breeding. Article rédigé par Olivier F. L’article original est toujours accessible en ligne : lire l’article sur le site de Soft Secrets. Texte reproduit fidèlement depuis la source. Tous les crédits éditoriaux reviennent à Soft Secrets et à Olivier F.
Article french breeders 'Les French Breeders toujours en action' par Olivier F, interview de JGL et Cristalin d'Underground Seeds, Soft Secrets juillet 2015 - Pages 10-11

📰 Soft Secrets, juillet 2015 — Pages 10-11 : « Les French Breeders toujours en action ». Double page d’ouverture de l’interview de JGL et Cristalin d’Underground Seeds.

L’introduction d’Olivier F

Texte original — 2015

Le travail de breeder consiste à créer de nouvelles variétés de marijuana qui seront ensuite commercialisées par des seedbanks. En France, ils sont peu nombreux à l’exercer de façon professionnelle. A la fin de l’année 2012, Soft Secrets vous avait déjà présenté plusieurs french breeders (N° 6-2012) p28. Pour ce nouvel article, nous vous proposons des interviews de JGL et Cristalin d’Underground Seeds. Ces passionnés de cannabis se sont spécialisés dans les croisements à partir de landraces avec une banque 100% française mais domiciliée en Espagne pour des raisons légales. Les deux breeders se complètent parfaitement : JGL est spécialisé dans le landraces sativa tandis que Cristalin se passionne pour les landraces indica.

Par Olivier F

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L’interview, mot pour mot

Présentation et rencontre avec le cannabis

Texte original — 2015

Soft Secrets France : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et raconter votre rencontre avec le cannabis ?

JGL J’ai effectué mes études dans le domaine de l’horticulture pour ensuite travailler quelques années en growshop. Ma rencontre avec le cannabis, c’était au collège, un joint de hasch marocain qui était délicieux et j’ai vite pris goût à cette substance !

A l’époque, j’avais un ami qui cultivait en haut d’un arbre, un parterre d’environ 1m2 qui était rempli de petit pots, des africaines, du Zamal et ce qu’on appelait de la locale. J’étais très jeune et je l’ai aidé à arroser…C’était vraiment roots comme culture. J’ai commencé la culture en intérieur à l’age de 17 ans avec un ami qui avait ramené une lampe à l’hébergement du centre de formation ou j’étais jusqu’à ce que le responsable le découvre ! (rires). J’ai ensuite repris dans mon premier appartement que je partageais avec un ami. Pour moi, c’était naturel de cultiver ! J’avais vu ça quand j’étais jeune et le produit qui sortait de ses cultures était toujours meilleur que le hasch en plaquette qui prenait de plus en plus la place du marocain en savonnette traditionnel, du népalais, du pakistanais…

Mon pseudo est venu d’un ami. A l’époque nous étions un groupe à cultiver ensemble et comme le premier croisement que l’on avait fait n’était pas voulu, mon ami avait surnommé l’espace ou j’ai continué ensuite à faire des croisements le labo Jah Green Label pour se rappeler que le premier croisement était issu du dieu nature.

Cristalin Perso, j’ai un parcours plus classique : études dans le commerce puis déviation dans le domaine technique. La rencontre avec le cannabis fut aussi au collège, ou nous fumions en cachette « fournis » par les grands frères. A l’époque de la 3eme, ce fut une année Orange Bud, j’ai adoré a l’époque mais à trop en fumer, je ne peux plus toucher a cette variété.

La culture est venue a la période lycée avec les potes. On avait des graines d’africaine (pochons et autres) que nous avons essayé de faire pousser en extérieur et en intérieur. Cela donnait dans nos régions des choses plus ou moins potables en intérieur et l’extérieur était souvent vain …

Les choses se sont améliorées à mes 18 ans, et avec mon cadeau, un Flogro, mes premiers pas dans l’hydroponie. A l’époque, mes parents me laissaient plus ou moins cultiver quelques pieds tranquillement « en toute sécurité » par rapport au hasch des quartiers qu’il fallait se procurer …

Le pseudo a changé au fil des années, Cristalin en référence a la bouteille d’eau qui me servait d ‘échelle lors des photos de buds (1,5l a 5l)

Comment avez-vous commencé le breeding ?

Texte original — 2015

JGL Le breeding est venu par hasard, l’oubli d’un mâle dans une pièce de prod. Ce mâle était issu d’une ligne en provenance directe d’Afrique du Sud, une Durban. Il y avait des clones que l’on gardait depuis un bon moment déjà qui étaient grainés ! L’essai de ces graines à été déterminante pour la suite du breeding. De ce croisement malencontreux, est née la sélection de deux clones : le premier à été surnommé Acide. C’était le croisement entre ce mâle Durban et un clone de Citral. Ce clone était tellement remarquable, que ce soit en terme de saveur ou d’effets, qu’ils nous a tous surpris et m’a donné l’envie de faire mes propres souches mais aussi de continuer avec les landraces sativa. Ce clone tourne toujours par chez nous et est très réputé.

En parallèle, une sélection a été faite d’un autre clone croisé avec ce mâle Durban. Ce clone est issu d’une vielle souche afghane sélectionné par mon ami THCV. De cette sélection est issu le clone de Durbanghani que j’utilise encore dans certains croisements comme par exemple la Durganchitral. La Durbanghani est d’une puissance exceptionnelle, un high plutôt électrique, énergisant suivi d’un stone dévastateur.

Cristalin J’ai commencé le breeding avec et surtout grâce a JGL. D’ailleurs, je crois que c’est le moment de le remercier de m’avoir permis de faire parti de l’aventure… Merci, brother !

J’ai commencé avec la conservation de landraces indica. J’avais la chance d’avoir encore pas mal de souches pures et nous avons décidé dans un premier temps de les reproduire afin de ne pas perdre ces précieuses génétiques. Après, j’ai effectué quelques cross que j’ai distribué en freebies, puis nous avons décidé de croiser les clones élite que nous avions a notre disposition avec notre mâle PCK sélectionné pour permettre au plus grand nombre d’avoir un aperçu de ces clones élite qui sont difficilement disponibles pour certains.

Qu’est-ce qui distingue Underground des autres banques de graines ?

Texte original — 2015

JGL Braindead, qui pour le moment, ne travaille plus dans le domaine du cannabis, a créé cette seedbank en 2009 et lui a donné ce nom. Je le trouve très bien car il correspond à ce que nous sommes : nous venons du milieu underground !

La distinction doit certainement venir des souches utilisées. Pour ma part, j’aime croiser des souches landraces, principalement des sativa, avec des souches plus récentes.

Cristalin Et pour ma part, les landraces indica que nous préservons ! La deuxième chose est le coté financier : nous ne sommes pas des requins voulant gagner des milliers d’euros sur le dos des consommateurs ! Nous ne produisons que des graines régulières.

Combien de variétés avez-vous créé depuis le début d’Underground ?

Texte original — 2015

JGL La première était la Braindead#1 puis de nombreuses variétés ont été distribuées ou vendues : une bonne dizaine pour Braindead, 9 strains pour Cristalin et 17 pour moi. Des souches USC ont été cultivées sur tous les continents. Je ne m’occupe pas du tout des envois mais par contre, beaucoup de personnes du monde entier viennent me parler de notre travail.

Quelles sont les variétés actuellement disponibles ?

Texte original — 2015

JGL On peut compter pour le moment 9 strains au catalogue : la Durganchitral, l’Amnesia, l’Afghanchitral, la DoubleJam, la Cheestral, la Ducksfoot, la Nepalma, la Coljam et la SourKush. On peut acheter nos graines chez Cannabiogen, Sannies seeds, Alchimia ou Tropical Seeds Company mais aussi chez des plus petites entreprises comme Cannabis Avenue ou MercaCannabis…

Techniques de breeding particulières

Texte original — 2015

Pour le breeding, vous utilisez des techniques particulières ?

JGL J’utilise de nombreuses techniques de breeding, tout dépend de ce que je veux obtenir, la Durganchitral, Afghanchitral et DoubleJam sont des croisements de premières générations avec un travail consanguin sur les lignées parentes. La Coljam est un backcross sur la colombienne pour une dominance plus accrue. La Nepalma est une souche consanguine de 4eme génération. L’Amnesia est également une souche consanguine de 6eme génération.

Cristalin J’ai travaillé avec les clones élites et notre mâle PCK sélectionné pour obtenir la première génération. Elles ont ensuite étaient testées par plusieurs personnes et par moi même avant la mise au catalogue. Pour les prochaines variétés, ce sera essentiellement des cross a base de landraces indica qui seront sélectionnées, testées et croisées. Une fois le processus de croisement terminé, nous les ferons tester et les testerons nous même.

Comment collectez-vous vos graines ou clones de landrace ?

Texte original — 2015

JGL Le travail avec les landraces, et surtout avec les sativas, est totalement différent que ce soit pour la culture ou le breeding. Les landraces, c’est très spirituel, une alchimie entre la nature et son « dompteur »…

Il y a eu différentes sources pour les landraces, des collectes d’amis voyageurs mais aussi le partage avec d’autres cultivateurs comme Vibes Collective. Certaines des souches utilisées dans mes croisements viennent de là : la Lambsbread, une vielle souche jamaïcaine des années 60/70 ou la Nepal Indica. J’ai effectué de nombreuses reproductions de souches landrace pour les redistribuer ensuite. Le Vibes Collective était un forum privé qui réunissait des growers du monde entier qui reproduisaient des souches landrace afin de les redistribuer pour leur conservation. D’autres forums avaient cette vocation mais celui-ci était certainement le plus riche en passion. Je fais d’ailleurs un gros big up à mes brothers du Vibes Collective !

Cristalin Les landraces indica sont plus compliquées a croiser : buds compactes, pollinisation tôt dans la floraison, faut pas se louper. Elles viennent pour la plupart d’amis qui les ont ramenées de leur voyage ou les GI pour l’afghan pour la petite histoire. L’échange entre cultivateurs expérimentés a aussi cours.

Pollinisation et production de graines

Texte original — 2015

Quelle sont vos techniques pour la pollinisation et la production de graines ?

JGL Ma technique de pollinisation est celle du pinceau. Les mâles et femelles fleurissent dans des espaces séparés et le pollen est récupéré puis déposé au pinceau sur les femelles. Pour la production de graines, j’utilise comme substrat, du coco, plus précisément du COGR, avec des engrais organiques. Le nombre de graines par plantes est proportionnel à la taille des différentes plantes, disons de 1000 à 10 000 graines. Toutes nos graines sont produites par nos soins

Cristalin J’utilise le pinceau aussi essentiellement, sauf pour la Ducksfoot qui est reproduite en open pollinisation.

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Travaillez-vous pour d’autres banques de graines ?

Texte original — 2015

A part Underground, travaillez vous pour d’autres banques ?

JGL J’ai travaillé a plusieurs reprises pour effectuer du stock de graines pour Cannabiogen et également sur certaines strains en collaboration. J’ai également certaines de mes strains qui sont présent chez Tropical Seeds Company. Ca, c’est la famille ! J’ai une autre seedbank avec qui je suis en contact et pour laquelle je vais certainement créer plusieurs hybrides mais c’est encore en négociation donc je tairais le nom de cette seedbank. Au programme : beaucoup de high CBD, entre autres.

Cristalin J’ai collaboré a certains projets mais la véritable réalisation de graines pour les banques citées plus haut sont en cours de développement. Grosse landrace indica et comme le dit le bro, CBD high !

Variété préférée dans le catalogue

Texte original — 2015

A titre personnel : votre variété préférée dans votre catalogue ?

JGL C’est difficile de choisir une seule souche mais j’aime beaucoup la Coljam, ses saveurs fruitées litchi/pèche légèrement épicées, son background sativa. Son effet, entre la jamaicaine Lambsbread très électrique et le coté plus cotonneux mellow de la colombienne, est excellent et équilibré.

Cristalin Hum, je dirais Sour’kush pour ses notes de fruits rouges et l’Afghanchitral pour son effet dévastateur.

Suite article french breeders 'Les French Breeders toujours en action' - Page 12 - Hors catalogue, projets et remerciements

📰 Soft Secrets, juillet 2015 — Page 12 : suite et fin de l’interview ainsi que les projets et remerciements.

Et en dehors de votre catalogue ?

Texte original — 2015

JGL Je me tourne de plus en plus vers des souches à haut taux de CBD et pour cela, j’aurais tendance à dire, les souches d’Inde du nord comme par exemple la Garhwali ou dans un domaine plus classique THC, la Panama de Cannabiogen

Cristalin Landrace indica, du Pakistan, Afghanistan, et surtout uzbek que j’ai travaillé pour le moment jusqu’à la 8eme génération qui est la plus bubble gum des weeds que j’ai pu voir (malabar rose). Elle fera partie du projet Cristal.

Note 2026

En 2015, je me tournais déjà vers les souches à haut taux de CBD. JGL-USC est l’aboutissement direct de cette intuition de l’époque. Cette interview en porte la trace écrite, onze ans avant le lancement de mon projet français.

Ce qui caractérise les français dans le breeding

Texte original — 2015

A votre avis, qu’est-ce qui caractérise les français dans le domaine du cannabis ou du breeding ?

JGL Les français ont toujours aimé avoir un cheptel génétique important en ce qui concerne le végétal et d’ailleurs, les plus passionnés des growers et préservateurs de landraces que j’ai connu étaient français. Je pense notamment à Rahan. Cela apporte au breeding français une grande diversité. Je pense que la conservation caractérise bien les français dans le domaine cannabique

Cristalin Pour ma part, je pense qu’il y a un certain niveau en France, beaucoup de bons cultivateurs. Pour la préservation des souches, il y a de très bonnes personnes qui font ça pour l’amour de la plante et non pour l’argent

Projets pour Underground Seeds ou à titre individuel

Texte original — 2015

Quels sont les projets pour Underground Seeds ou a titre individuel ?

JGL Me consacrer à plein temps à la création de nouveaux hybrides chez Underground, Tropical seeds et sûrement dans une autre seedbank. Pouvoir apporter plus de professionnalisme à Underground avec une présence sur les foires cannabiques comme dernièrement à la Spannabis de Barcelone avec nos amis de Tropical Seeds.

Cristalin Pour ma part, commencer par refaire tous mes stocks qui ont été volés et continuer a développer les nouvelles variétés en jonglant avec la vie actuelle ce qui n’est pas évident.

Note 2026

Onze ans plus tard, les projets ont évolué. JGL-USC est aujourd’hui ma seule structure, en France, dans le cadre légal du chanvre (CBD < 0,3% THC). Le décor a changé, le cadre légal aussi, mais l'esprit reste le même : créer, sélectionner, préserver. Pour aller plus loin, lire mon analyse récente sur l’importance des mâles en breeding et son lien avec le HLVd.

Remerciements

Texte original — 2015

JGL Merci pour cette entrevue et cette rencontre pleine de bonne vibes… A tous les growers : je vous souhaite un très bon grow et vous envoie plein de bonnes vibes ! Un « spécial big up » à tous les brothers : Kaiki, Aeros, Rahan, FlyingLion, Argos, Viudiv, Pyrath, Mustafunk, TikalMaya, Kerala, THCV et tous ceux que j’oublie sinon la liste sera beaucoup trop longue !

Cristalin Merci Olivier, de nous avoir donné l’opportunité de nous s’exprimer et merci à tous les brothers qui nous encouragent, nous soutiennent, nous aident…

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Le mot de la fin

Cette interview de 2015 reste un témoignage important des french breeders de l’époque. Peu de breeders français exerçaient de façon professionnelle, et nous étions parmi les rares à faire ce travail de fond sur les landraces.

Je remercie Soft Secrets France et Olivier F pour cette interview, et plus largement pour avoir donné de la visibilité aux french breeders à une époque où c’était précieux.

Si cet article vous a intéressé, je vous invite à lire mon parcours complet de breeder, ainsi que mon interview Alchimia de la même époque, et les deux articles techniques que j’ai écrits pour Soft Secrets en 2016 et 2017.

À très bientôt,
La vibe
JGL

📰 Archives papier

Les pages originales du magazine Soft Secrets, juillet 2015

Soft Secrets juillet 2015 - French Breeders en action JGL Cristalin - Pages 10-11 Soft Secrets juillet 2015 - French Breeders en action JGL Cristalin - Page 12

📚 Cet article est extrait des archives papier de Soft Secrets France — édition de juillet 2015. Les scans haute définition sont publiés ici à des fins de mémoire et de transmission. Tous les crédits éditoriaux reviennent à Soft Secrets et à Olivier F.

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